Biographie d'Abdelkrim El Khattabi

ABDELKRIM EL KHATTABI et LE RIF


Né à Ajdir au Maroc, aux environs de l'année 1882, fils d'une famille noble de la tribu Aït Waryaghal, Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi a été instruit dans des zaouïas traditionnelles et des écoles espagnoles.
Il poursuit ensuite des études à l'université de Karawyyine à Fès, puis en Espagne durant trois ans, où il étudie la mine et la technologie militaire.
Il seconde par la suite son père, cadi (juge) dans la tâche diplomatique et guerrière que celui-ci avait entrepris : faire entrer le Rif dans la mouvance du Sultan marocain.

En 1906 il est installé en zone espagnole à Melilla, rédacteur du journal Telegrama del Rif.
Il devient Secrétaire du Bureau des affaires indigènes en 1907.
Sa collaboration avec les autorités espagnoles et ses différentes fonctions le familiarisent avec les méthodes administratives.
Ses contacts avec des milieux divers lui permettent de compléter, par une riche information moderne, sa formation de lettré arabe.

Il devient dès lors un personnage officiel très important : "Cadi des cadis de la région de Melilla" où après avoir été interprète, journaliste au quotidien de Melilla, [où il préconisait la laïcité et la coopération avec les occidentaux afin de libérer la Oumma de l'ignorance et du sous-développement] il va alors favoriser l'implantation des espagnols dans la zone des 28 000 km²  qui leur a été reconnue 27/11/1912.

À cette époque-là, il commence à s'opposer à la domination espagnole.
Inquiets du développement des idées nationalistes dans leur secteur, les Espagnols le font arrêter en 1916 pour avoir dit que l'Espagne ne devrait pas s'étendre au-delà des territoires déjà occupés (ce qui excluait la plupart des zones incontrôlées du Rif) et exprimé sa sympathie pour la cause allemande pendant la Première Guerre mondiale.
Prisonnier durant 11 mois, ses fonctions lui sont rendues  en 1920.

Après une vive altercation avec le Général espagnol Sylvestre -ayant pour sujet l'instrumentalisation dont fait l'objet son père de la part des espagnols- il est à nouveau jeté en prison.

Il s'évade en 1921 et  va commencer à rassembler les différentes tribus rifaines autour de ses idées de résistance et tenter d'apaiser entre elles les inimitiés existantes.

Alors que son père est tué devant le poste de Tafersit, il va démontrer ses qualités de chef militaire.
Il va répondre au défi du général Sylvestre.
Et le 21 juillet 1921, les 3 000 Rifains, qui n'étaient que d'humbles paysans montagnards, coupés du grand corps marocain dont ils ne formaient qu'une infime partie, firent chanceler deux puissances européennes, l'Espagne et la France :
En deux jours, commandés par Abdelkrim ils vont assiéger le village d'Anoual et exterminer la quasi-totalité des 60 000 soldats espagnols mobilisés par le général Sylvestre pour contrôler la tribu des Aït Waryaghal : 16 000 tués, 24 000 blessés, 700 prisonniers.
Un véritable arsenal tombe entre les mains des rifains 200 canons et 20 000 fusils, ce qui fit dire à Abdelkrim : " l'Espagne nous fournissait du jour au lendemain tout ce qu'il nous manquait pour équiper une armée et organiser une guerre de grande envergure ! ".
Face à ce désastre le général Sylvestre se suicide.

C'est ici la première défaite d'une puissance coloniale européenne, disposant d'une armée moderne et bien équipée, devant des résistants sans ressources, sans organisation, sans logistique ni intendance.

La victoire d'Anoual a eu un immense retentissement non seulement au Maroc mais aussi dans le monde entier. Elle a eu d'immenses conséquences psychologiques et politiques, puisqu'elle allait prouver qu'avec des effectifs réduits, un armement léger, mais aussi une importante mobilité, il était possible de vaincre des armées classiques.

Le Rif se rallie en quasi-totalité à Abdelkrim qui s'efforce de trouver des appuis extérieurs afin de faire face aux espagnols qui tentent de reprendre les territoires perdus.
Il réunit les chefs tribaux, et organise la résistance en ancrant la révolution dans une future révolution nationale marocaine ayant pour objectif de sortir à terme le monde musulman de la colonisation occidentale

Il proclame le 1er février 1922 la création de " la République confédérée des tribus du Rif ", le premier " Etat Berbère "
Abdelkrim El Khattabi devient Président de la république.
Il crée un parlement constitué des chefs de tribus qui élit un gouvernement.

Cependant, Abdelkrim ne remet pas en cause l'autorité du Roi.
Il ne se proclame pas Sultan, et il ordonne aux Imams du Rif de faire la Joumouaa (prière du Vendredi) au nom du sultan Moulay Youssef.
Il va cependant prendre ses distances à l'égard du Sultan du Maroc qu'il considère comme " prisonnier des français "

Cette république a un impact crucial sur l'opinion internationale, car c'est au XXème siècle, la première république issue d'une guerre de décolonisation.


En 1924 les Espagnols doivent se retirer sur la côte. Ils n'occupent plus que Ceuta, Melilla, Asilah et Larache.
La France se rend compte qu'elle ne peut en Afrique du Nord laisser une autre puissance coloniale se faire vaincre par des indigènes, ce qui risque de créer un dangereux précédent pour ses propres territoires.
Elle intervient donc au secours de l'Espagne afin d'éviter la contagion au reste du Maroc alors sous domination française, ce qui provoque l'affrontement avec les troupes rifaines, écrasées lors de l'offensive française de  Fès pendant l'hiver et le printemps 1924.

En vue de regrouper toutes les forces vives pour constituer le noyau d'un mouvement de libération marocain qu'il voit précurseur d'un vaste mouvement de décolonisation, Abdelkrim demande au sultan Moulay Youssef de rallier sa cause.
Celui-ci, en raison de la pression de la Résidence Générale Française à Rabat ( Lyautey), refuse de lutter contre les puissances coloniales.

En tentant de consolider son influence vers le sud, le Président El Khattabi va entrer en conflit avec la France.

La pression de l'opinion publique aussi bien européenne qu'internationale, subjuguée par cette résistance rifaine, rend la tâche pénible à la France qui renvoie son Résident Général le Maréchal Lyautey.

Paris charge alors Philippe Pétain d'engager une puissante campagne militaire en collaboration avec l'armée espagnole commandée par Miguel Primo de Rivera en personne, doublée d'une intense action psychologique envers les tribus du Rif.

Le combat sera intense pendant près d'une année entre les forces de la République Rifaine d'une part et d'autre part une armée française de 200 000 hommes combinée à une armée espagnole de 250 000 hommes- utilisant, entre autres armes, l'ypérite - qui sortent victorieuses.

Abdelkrim se rend comme prisonnier de guerre, demandant que les populations civiles soient épargnées.
Il n'en sera rien, les puissances coloniales ne pouvant tolérer qu'un tel soulèvement reste impuni.
Dès 1926 des avions bombardent " au gaz moutarde " des villages entiers.
Profitant des forces importantes dont il dispose, le gouvernement français achève au cours de l'été 1926 la " pacification " des poches de Taza et du Moyen Atlas.

Abdelkrim quant à lui est exilé à l'Ile de la Réunion
Il témoigne toujours d'une grande amitié pour la France et obtient en mai 1947 l'autorisation de s'installer dans le sud de la France.
Il embarque à bord d'un navire des Messageries maritimes en provenance d'Afrique du Sud et à destination de Marseille
Lors d'une escale à Port Saïd, il réussit à s'évader et il est accueilli avec les plus grands honneurs par le Roi FarouK

Ibrahim El Khattabi ne quittera plus l'Égypte, où il présidera le " Comité de libération pour le Maghreb arabe ".

Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi meurt en 1963 au Caire où sa dépouille repose encore.


Considéré comme le plus illustre représentant du nationalisme maghrébin :
Il fera montre d'une grande intransigeance, refusant de rentrer au Maroc " avant que le dernier militaire ait quitté le sol maghrébin ".
Il se plaindra devant la SDN (Société des Nations) de l'utilisation par l'aviation franco-espagnole de l'utilisation de " gaz moutarde " sur les douars et les villages, qui a fait des minorités du Rif les premiers civils gazés massivement de l'Histoire, aux côtés des Kurdes irakiens gazés par les Britanniques.
Il condamnera les accords d'Evian.
Il est pour beaucoup un grand précurseur du mouvement de décolonisation.


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