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Similitudes entre sociétés corse et berbèreSIMILITUDES ENTRE SOCIETES CORSE ET BERBERE
Il est intéressant de noter que le vocabulaire et les images de l'honneur offrent des sociétés berbères à la société corse traditionnelle d'étonnantes similitudes ; si l'on se réfère à l'article de Pierre Bourdieu le sens de l'honneur, ou encore au Dictionnnaire de la culture berbère en Kabylie de Camille Lacoste-Dujardin, on peut en relever quelques unes :
- L'honneur Kabyle c'est le " nif " (le nez) ;
Les anciens Corses, lorsqu'ils voulaient donner plus de solennité à une parole ou à un engagement disaient " Mi tocu u nasu " (je me touche le nez) qui ici était pris comme substitut d'un autre membre que la décence interdisait d'évoquer.
- Un dicton corse dit " qui n'a pas d'ennemi n'a pas d'ami ".
Bourdieu cite un dicton kabyle identique : " l'homme qui n'a pas d'ennemi est un bourricot " Notons au passage que l'âne est lié, en Méditerranée à d'autres connotations : la lubricité bestiale mais aussi le travail incessant et harassant de la bête de somme ou de l'animal de trait employé aux travaux les plus monotones (l'extraction de l'eau par la noria, le détritage des olives, le dépiquage du blé). Ses œillères l'empêchent de voir ce qui se passe autour de lui, si bien que Bourdieu évoque ces propos des femmes de la tribu des Ait Hichem donnant à entendre que l'homme ignore beaucoup de se qui se passe à la maison : " O homme, pauvre malheureux, toute la journée au champ comme bourricot au pacage !"
Le fusil a dans les deux sociétés la même connotation : " gardien de l'honneur " disent les Rifains, " porta rispettu " (porte respect) disent les Corses.
Autres dictons comparables, en Corse on dit :
- " parola data e petra lampata un si ripiglianu più " (parole donnée et pierre lancée ne se reprennent plus)
Et dans le Rif on dit : " les paroles sont comme les balles d'un fusil qui ne reviennent pas ". Les deux dictons insistent sur la nécessité pour l'homme véritable de ne pas parler inconsidérément, d'éviter les provocations inutiles, de viser -sans déroger à l'honneur- à éviter les conflits. La virilité la plus haute, faite de courage et de maîtrise de soi est celle de " l'argaz " qu'on oppose en Kabylie à " l'amahbul " jeune écervelé par qui arrivent les conflits qu'on aurait dû éviter.
- " Vale megliu un omu in piazza che centu in casa " (Il vaut mieux un homme sur la place que cent à la maison) disent les Corses.
Pour les Berbères aussi, la place d'un homme est sur la place ou dans la maison des hommes, là où s'assemble périodiquement la " jemaa ". A tel point que Bourdieu raconte qu'au détour d'une conversation avec des Kabyles il s'était aperçu que leur conception du travail incluait aussi ce travail sociabilitaire de la parole qu'était leur présence à la " jemaa " ; et la même remarque serait vraie pour les Corses pour qui le café ou la place ombragée tiennent lieu de " jemaa ".
Enfin, dans les deux sociétés -mais c'est vrai aussi en Espagne ou en Italie du Sud où Julian Pitt-Rivers l'a noté- quand on veut défier un homme, on lui demande simplement à plusieurs reprises " qui es-tu toi ? " " qui te connaît ? "
sources : Georges Ravis-Giordani ethnologue, professeur émérite de l'Université de Provence Texte tiré d'une contribution au Colloque " l'étranger et l'immigré dans le regard du droit " organisé par la Cour d'Appel de Bastia le 27/05/2006. Article paru dans la revue Fora " la Corse vers le monde " n° 2 -2008
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