|
|
|
Les Rifains du Maroc sont des méditerranéens et non des orientaux ! | |  | | Dans l'article paru le mercredi 8 octobre dans la rubrique Corse-Infos en page 2 du quotidien Corse Matin intitulé " la Communauté marocaine affiche 30 000 ressortissants " quelques points ont besoin d'être éclaircis. D'autant que ce journal est largement diffusé en Corse et qu'il se doit d'un minimum d'objectivité quand il s'agit de traiter de sujet aussi important que la migration, afin que chacun puisse comprendre effectivement les causes et les faits, l'histoire et les relations entre les deux rives de la méditerranée, entre la Corse et le Maroc.
Tout d'abord une remarque s'impose : Le chiffre avancé de 30 000 résidents marocains en Corse, nous paraît quelque peu exagéré, d'autant que nous ne disposons pas de statistiques officielles de l'organisation nationale INSEE qui s'occupe de recensements, mais simplement d'un montant " estimé " selon les services du Consulat, donc peu fiable.
Ensuite un petit peu de géographie : Concernant la venue des premiers marocains, dans les années 60, effectivement ce sont des amazighs rifains (berbères rifains) du nord du Maroc et non du " Maroc oriental " comme mentionné. Temsamane, région d'où est issue la majorité des " marocains " résidant en Corse, est le centre du Rif. Le Rif est une région longeant la méditerranée de la frontière géographique et géopolitique Algérienne jusqu'à Tanger et au détroit de Gibraltar (à 14kms à vol d'oiseau de l'Espagne).
Puis un petit point d'histoire : Alors que le Maroc était sous protectorat français, Tanger région internationale, le Rif était lui sous la colonisation espagnole qui n'a pas hésité à employer les premières armes chimiques contre la résistance des rifains et d'Abdelkrim El Khattabi en 1925. La région du Rif a été saccagée, ravagée et rien n'y pousse encore aujourd'hui du fait de l'utilisation des armes chimiques qui a fait entre 5 et 10 000 victimes. Les conséquences de cette guerre chimique affreuse sur les personnes sont ressenties aujourd'hui encore et de nombreuses maladies (cancers entre autres) tuent. L'Institut de l'Ecologie à Rabat enregistre un nombre important de rifains touchés par rapport à la moyenne nationale.
A dater de 1926, ces hommes du Rif blessés par les guerres, leur souveraineté brisée, ont dû trouver un nouveau moyen de survie : ils ont traversé la frontière de l'Algérie et sont allés se louer pour les vendanges dans les grandes propriétés coloniales, surtout à Oran renommée à l'époque pour ses vignobles. Ils ont à ce moment-là tissé des relations avec les Corses d'Oran et les pieds noirs d'Algérie. C'est donc bien à Oran que les Rifains ont connus les français, ce n'est pas à Meknes, ce n'est pas non plus à Fez ! C'est du moins ce que nous retrouvons dans les Archives coloniales françaises et espagnoles ainsi que dans le recueil de la parole des anciens.
Au moment du départ de ces pieds noirs dans les années 60, nombre d'ouvriers agricoles rifains ont suivi leurs " employeurs " à la demande de ces derniers. Arrivés en Corse dans les récentes exploitations (de la plaine orientale en particulier) ces Rifains qui ont travaillé dur à la plantation des vignes ont peu à peu répondu au besoin de main d'œuvre et de reconstruction de la France (cf. les 30 glorieuses…) Ils n'ont pas été " invités " comme le dit l'article. Mais la Corse qui avait alors besoin de travailler la terre et de construire des routes a eu recours à leurs bras.
Aujourd'hui les Rifains sont majoritaires en Corse. Ils travaillent dans le bâtiment, ils ont des entreprises de maçonnerie, quelques commerces de proximité comme les " boucheries Hallal " et ils sont toujours dans l'agriculture. Le Rif est une région méditerranéenne, loin de l'Orient, proche de l'Europe, à 14 kms de l'Espagne. La Corse est au cœur de la méditerranée, un carrefour de civilisations. Notre appartenance commune à ce creuset qu'est la Méditerranée fait de nous - Rifains et Corses- des peuples anciens, longtemps éloignés, qui ont beaucoup de choses à se raconter pour se retrouver.
Le climat, les montagnes, la mer, la végétation, l'agriculture, les traditions, la cuisine ou la musique ont tant de similitudes oubliées désormais qu'il nous semble opportun de les réveiller et de les faire revivre.
Et peut être par ces moyens uniquement nous pourrons rêver être un levier soulevant l'absurdité de la supériorité et de la complexité afin que puisse prendre place une société enrichie de la connaissance de l'autre ou chacun trouvera sa place, corse né ou immigré plus tard arrivé. Les enjeux contemporains de la Corse c'est de trouver les passerelles pour mieux intégrer les populations issues de l'immigration -les flux migratoires depuis les années 1960 n'ont pas changé, du moins pour le Maroc- une immigration homogène d'un seul pays qui est le Maroc et d'une seule région qui est le Rif (nord du Maroc), qui sont toujours considérés, par erreur, comme des arabes.
Ibrahim Messoud. Le 05/11/2008
|
| |  | |  |
|  | |  | |  le Corse-matin du 8/08/2008 |
| |  | |  |
|  | |  | | Entre mondialisation et protection des droits - Dynamiques migratoires marocaines : histoire, économie, politique et culture
Un siècle et demi de l'émigration rifaine : de l'émigration saisonnière vers Algérie à l'émigration permanente en Europe.
Mimoun Aziza. Enseignant chercheur à l'Université de Meknès...
| |
| |  | |  |
|
|
|
|
|